Le problème avec les faux abonnés sur les médias sociaux.

Je me suis penché sur la questions des faux comptes sur les réseaux sociaux.

Combien ça coûte des faux abonnés Twitter, Instagram, Facebook, etc?

Likes, abonnés, vues, retweets… Tout s’achète, et c’est beaucoup moins cher qu’on l’imagine. Une recherche rapide sur le web permet de trouver des offres comme:

  • 1000 abonnés Twitter pour 1$
  • 500 likes sur une photo Facebook pour 5$
  • 1000 followers sur Instagram pour 5$
  • 5000 vues sur YouTube pour 5$

On peut payer plus pour que ce soit fait graduellement au fil des jours, pour que ce soit plus naturel.

Sans surprise, il y aurait beaucoup de services frauduleux.

Comment ça marche, les faux comptes sur les réseaux sociaux?

  • Avec des fermes à clics (click farms) – des employés peu payés qui passent leur journées devant des écrans pour simuler l’activité de plusieurs comptes.
  • Des robots (bots) – des programmes informatiques infatigables programmés pour agir comme des humains. Comme des Terminators, mais sur les réseaux sociaux.
Si on ne veut pas payer? Il y a une technique gratuite pour augmenter le nombre de ses abonnés bidons: suivre chaque jour de nouvelles personnes, et s’en désabonner plus tard, surtout s’il ne nous suivent pas en retour (« follower farming »).

Pourquoi acheter des abonnés, des likes et des clics?

  • Augmenter sa crédibilité. Des abonnés, des likes, ça donne l’impression d’être important, c’est bon pour l’égo. Je suis plus hot que toi!
  • Vivre la vie de VIP. Quand on a assez d’abonnés, on est considéré comme un influenceur. On se fait inviter à des événements, on reçoit des produits gratuits.
  • Devenir viral et générer des vrais abonnés. C’est l’effet boule de neige – on a tendance à s’intéresser et à suivre ceux qui ont beaucoup d’abonnés ou de retweets.
  • Déjouer les algorithmes. Sur les réseaux sociaux, le contenu populaire est mis de l’avant.
  • Générer des revenus publicitaires. S’il y a assez de monde qui clique sur une page pleine de publicités, ça peut être payant.
  • Obtenir un emploi. Dans les métiers où l’apparence compte (la mode, le showbizz!), le nombre d’abonnés est un facteur de différentiation. Même si les abonnés sont bidons.
  • Justifier son emploi. Des entreprises, conseillées par des spécialistes en médias sociaux, investissent de grosses sommes pour rejoindre les influenceurs du web. Qu’est-ce qui se passe s’il n’y a personne qui suit, like, retweete ou regarde?
Un exemple: sur YouTube, il fallait avoir au moins 10 000 abonnés pour avoir le privilège de diffuser en direct. La barre a été baissée à 1000. On pourrait être tenté d’acheter des abonnés pour atteindre ce niveau…

Est-ce qu’on peut détecter ceux qui achètent des faux abonnés?

  • Une croissance trop rapide, c’est louche! Un compte qui passe de quelques centaines à des milliers d’abonnés en peu de temps, sans événement particulier, c’est suspect.
  • Des sites proposent de détecter les faux comptes. Mais on repère « les comptes qui publient peu de tweets, qui sont peu suivis et qui suivent beaucoup de monde », ce qui pourrait très bien décrire le compte de ma mère, une vraie personne. Il est très facile de créer des faux comptes qui sont plus actifs que les vrais. J’ai fait l’expérience en achetant des abonnés sur Twitter: la qualité de mes abonnés a augmenté!
  • Les abonnés étrangers, c’est suspect. Une célébrité québécoise avec des milliers d’abonnés au Bangladesh? Mais ça se contourne! En payant un peu plus, les comptes gérés d’Asie ou d’Afrique peuvent sembler venir des États-Unis ou du Canada.
  • Avant de jeter la pierre… Pour être crédibles, les faux comptes peuvent suivre gratuitement plusieurs comptes. Et on peut imaginer l’achat de faux abonnés pour quelqu’un d’autre, pour le discréditer.

Pourquoi ça n’arrête pas, les faux comptes?

Les réseaux sociaux n’ont pas vraiment intérêt à ce qu’on découvre le nombre réels de faux comptes – leur valeur dépend du nombre d’abonnés.

Les influenceurs et les spécialistes en réseaux sociaux non plus – ils profitent de la situation. Il serait gênant de dévoiler que leur « contenu » intéresse beaucoup moins de monde.

Au début du web, on parlait beaucoup de tribus. Le web allait permettre de se regrouper en fonction de ses passions et de ses intérêts. Mais rejoindre ces communautés de passionnés demande de la recherche. Il est plus facile de viser la masse et de justifier des résultats en quantité plutôt qu’en qualité.

Pourquoi j’écris ça?

Plus j’essaie de comprendre la game des médias sociaux, et je trouve ça décourageant. Ça me rend grognon et pessimiste.

Je vois des comptes avec des milliers d’abonnés qui ne publient rien d’intéressant, de drôle ou de pertinent sur les médias sociaux. Des YouTubers naturels et spontanés et des blogues dont le contenu est commandité mur à mur de façon pas super transparente. Des relationnistes qui tentent de négocier « un retour sur investissement » dans les médias sociaux avant de m’envoyer un produit à l’essai.

J’ai l’impression d’être dans un monde d’infopublicité. Il est beaucoup plus facile et beaucoup plus payant d’inventer de fausses nouvelles que de parler de la réalité.

Tant pis pour ceux qui essaient honnêtement de faire du travail important mais moins populaire…

N’hésitez pas si vous avez des commentaires.

P.

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2 réflexions sur « Le problème avec les faux abonnés sur les médias sociaux. »

  1. Tu devrais aussi nous donner les liens vers ces sites. À la lecture de ton article je reste pantois. Je ne suis pas certain si c’est bon ou mauvais. Mais si tu peux devenir PM du Canada, POTUS ou Président de la République par un concours de popularité sur les médias sociaux et les ‘fake news’, il y a des questions à se poser sur notre société. Dommage que McLuhan ne soit plus là, j’aurais bien aimé avoir son avis. Je pense que ton excellent article est le début d’une réflexion que nous devrions tous faire.

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